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La Décentralisation Dramatique - Épisode 1 - Une histoire de couple

  • vincentgatel
  • 9 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 avr.

 

 

De nombreux responsables de structures du spectacle vivant, qu’ils soient artistes ou non, du fait de la crise sanitaire qu’a connu le pays, ont conçu, par la force des choses, des projets « corano-compatibles ». Leurs démarches ont consisté à ne pas rompre le lien avec le public et à inventer des formes artistiques, pour beaucoup d’entre elles itinérantes, souvent gratuites, permettant la rencontre dans le respect des règles sanitaires. Toutes proportions gardées, elles ont beaucoup à voir avec le mouvement historique qu’a été la décentralisation dramatique. Celle-ci a reposé sur un couple : création et démocratisation.

 

Je me propose de revenir sur la formation du couple, sa vie commune, son divorce et ses timides retrouvailles, en m’appuyant sur un mémoire de DESS (Master 2) que j’ai rédigé en 1995 à l’Université de Lyon 2 et intitulé : « La Décentralisation Dramatique : une histoire de couple »

 

Épisode 1 : Fondation du couple création/démocratisation et premiers pas de la Décentralisation Dramatique

La décentralisation dramatique c'est à la fois la naissance d'une politique publique durable en faveur du théâtre et la concrétisation grâce à cette politique d'une ambition artistique et civique porté par des professionnels.

La période allant de 1900 à 1944 est celle des sources de cette politique et également celle de la genèse de cette ambition.

 

Une naissance séparée de deux objectifs en réaction au théâtre bourgeois et parisien

Au début du 20ème siècle, la nécessité d'une réforme s'impose en profondeur mais les solutions divergent. Les deux grands acteurs de cette réforme sont Gémier et Copeau.

Pour Firmin Gémier, il s’agit de rendre le théâtre populaire. Pour rassembler il importe de ne pas exclure. D'où sa revendication : "que les tarifs soient abaissés pour qu'aucune clientèle ne soit exclue".

De ces deux idées vont naître le Théâtre National Ambulant. Se déplacer vers le public est le plus sûr moyen de toucher un public qui n'a pas l'habitude d'aller au théâtre. L'expérience sera abandonnée en 1913 car, si elle attire les foules lors des deux tournées de 1911 et 1912, l'opération est beaucoup trop lourde techniquement.

 

Pour Jacques Copeau, il faut construire une nouvelle pratique de la scène sur des bases vierges afin de "restaurer sa beauté au spectacle scénique". Ce sera l’aventure du Théâtre du Vieux Colombier de 1913 à 1924 qui rencontrera un succès public croissant.

 

Une première synthèse de la ligne Gémier et de la ligne Copeau

Les Copiaus en Bourgogne avec Copeau et Les Comédiens Routiers avec Léon Chancerel vont opérer une première synthèse de la ligne Gémier et de la ligne Copeau et assurer la formation des futurs animateurs de la Décentralisation Officielle (Jean Dasté, Hubert Guignoux…)

Les Copiaus en Bourgogne (1925-1929) constitue la première expérience d'une décentralisation en province rayonnant à partir d'un lieu fixe.

L'entreprise qu'a mené Chancerel avec les Comédiens Routiers (1929-1939) n'est pas à proprement parler une tentative de décentralisation dramatique comme l'a été celle des Copiaus. Les spectacles seront tous crées à Paris. Mais l'inscription de la troupe dans le réseau des mouvements de jeunesse (ici le scoutisme) va permettre à la troupe de quadriller quasiment l'ensemble du territoire avec leurs spectacles.

 

Avec ces deux expériences, à partir desquelles on assiste à la formation du couple création/démocratisation sur le terrain, les futurs cadres de la Décentralisation Dramatique ont vécu l'expérience concrète d'une rencontre humaine décisive entre un public neuf, non parisien, et un travail théâtral bénéficiant de la pensée et des méthodes rénovatrices de Jacques Copeau. Cette rencontre n'a été rendue possible que par le souci qu'ils ont eu de la communication de ce travail à ce public.

 

Ils ont également acquis la certitude que pour prendre pied dans ce public, il faut se déplacer, itinérer et accepter de jouer quel que soit les conditions techniques des salles qui les accueillent.

Ces hommes, nourris de ces expériences vont alors vouloir faire de leur ambition artistique et civique un métier et rompre ainsi avec la méfiance de Chancerel et de Copeau que leur a toujours inspiré le professionnalisme. Les balbutiements de la politique théâtrale du Front Populaire, commenceront à leur en donner les moyens.


Photo : Une locomotive du Théâtre National Ambulant de Firmin Gémier en 1911 - Bibliothèque Nationale de France

 

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