La Décentralisation Dramatique - Épisode 2 (suite) - Une histoire de couple
- vincentgatel
- 14 avr.
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Épisode 2 (suite) : 1947-1957 : Une vie commune ou la tension entre la nécessité du risque de la création d’œuvres classiques et contemporaines et la nécessité de les communiquer à un public nouveau, varié et populaire que l’on veut conquérir
1947 : Création du premier centre dramatique : le Centre Dramatique de l'Est
1957 : Le Centre Dramatique de l'Est est le premier centre à avoir un lieu fixe dans sa ville d'implantation. Le problème du lieu dans leur ville commence à se poser pour les autres centres.
La question du lieu
Mais l'ouverture du Théâtre du Centre Dramatique de l'Est à Strasbourg amorce une deuxième phase de la décentralisation, où la ligne de démocratisation perd un peu de sa vitalité, au profit de la ligne création. Cette deuxième phase va dans le sens d'une sédentarisation qui commencera à porter toute son attention au public de la ville centre/ville du Centre.
Le facteur déclenchant va tenir à l'amélioration des conditions de création des spectacles.
Ainsi par exemple, le succès rencontré par la pièce de Bertolt Brecht : "Le Cercle de craie caucasien" en 57 fait dire à Jean Dasté : "Il devenait évident que, quel que soit le plaisir donné au public populaire qui nous soutenait, nous ne pouvions sans abîmer les spectacles, continuer à présenter des pièces de cette importance dans les 3/4 des villes des tournées habituelles".
En décidant de se sédentariser, les Centres ne faisaient en fait que rejoindre une conception de la décentralisation que défendait déjà Roger Planchon, dès 1952.
Ainsi, en à peine 10 ans, l'ambition de départ se trouvait déjà déviée. L'abandon des petites villes et bourgades dans les tournées des Centres Dramatiques, pour des raisons tenant à l'amélioration de la qualité des spectacles, au profit d'une sédentarisation, aura pour conséquence une perte de contact avec un public populaire "qui nous faisait confiance", observe Jean Dasté. Et le fait de 'faire venir au lieu d'aller vers", par conséquent, modifiera le rapport de proximité entre la troupe et ce public ; ils devront, dès lors développer une administration pour effectuer un travail de prospection. C'est ce que confirme Jean Vilar quand il déclare en 1960 : "Depuis que nous avons abandonné la banlieue (il est vrai après 7 ans de pratique incessante), depuis que les dialogues "comédiens-public" se sont malheureusement transformés en concerto "directeur-public", l'administration a pris le relais en veillant sur le lien de fidélité qui unit la compagnie à ce public".
Mais on sent aussi bien chez Dasté que chez Vilar que quelque chose est en train de se perdre et qu'une contradiction naît entre leur mission de création et leur mission de démocratisation, sans qu'ils aient les moyens de la résoudre. Leur projet était de rassembler sans exclure, mais en ne jouant plus dans certaines localités, ils vont renoncer à toucher un public défavorisé géographiquement et plus authentiquement populaire. En revanche, la sédentarisation permettra aux Centres Dramatiques de recruter un public de plus en plus nombreux parmi les classes moyennes urbaines. L'arrivée d'André Malraux aux Affaires Culturelles leur en procurera les moyens.
Photo : Construction du théâtre du Centre Dramatique de l'Est (1953) - Archives de la Communauté urbaine de Strasbourg



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