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La Décentralisation dramatique - Épisode 2 - Une histoire de couple

  • vincentgatel
  • 13 avr.
  • 3 min de lecture

Épisode 2 : 1947-1957 : Une vie commune ou la tension entre la nécessité du risque de la création d’œuvres classiques et contemporaines et la nécessité de les communiquer à un public nouveau, varié et populaire que l’on veut conquérir

1947 : Création du premier centre dramatique : le Centre Dramatique de l'Est

1957 : Le Centre Dramatique de l'Est est le premier centre à avoir un lieu fixe dans sa ville d'implantation. Le problème du lieu dans leur ville commence à se poser pour les autres centres.

 

Le choix de ces deux dates est caractéristique d'une première phase de la décentralisation.

 

L’itinérance

La politique de l’État, sous l'impulsion de Jeanne Laurent, consiste à subventionner l'implantation de troupes permanentes dans des villes de province. Leur vocation, pour remplir leur mission de création et de démocratisation, est de tourner les spectacles créés dans le plus grand nombre possible de localités situées dans la zone géographique qui leur a été attribuée, et dans tous les lieux susceptibles de recevoir un spectacle. La troupe, l'itinérance de la troupe, et une politique de prix bas sont conçues comme les moyens essentiels de toucher un public varié et populaire.

 

Le fait de tourner et de disposer d'une troupe permanente ne suffisait pas, il fallait susciter la rencontre sinon l'entreprise aurait tourné court. Tout un travail auprès du public a dû être entrepris en amont et au-delà de la représentation.

Le travail en amont n'a été possible que du fait de la naissance à la Libération de mouvements d’éducation populaire tel que Peuple et Culture, Tourisme et travail, Culture et Jeunesse qui partageaient les mêmes préoccupations de démocratisation. On se retrouve dans des conditions similaires à celles qui ont permis à Chancerel de mener à bien son entreprise des Comédiens Routiers, à savoir le soutien d'un mouvement social porteur comme l'ont été les mouvements de jeunesse à son époque. Tout un travail d'information était réalisé en direction de ces mouvements ainsi qu'auprès des syndicats et des comités d'entreprises. Ce travail d'information était complété par la parution de bulletins ou de revues éditées par les centres.

Certains des responsables de ces mouvements faisaient partie des correspondants locaux qui préparaient la venue de la troupe dans les villes. Ces correspondants établissaient entre les centres et le public un contact permanent. Ils recevaient la documentation pour la diffuser et organisaient les campagnes d'abonnement, bref ils étaient "notre main, notre voix et notre oreille" (Jean Dasté).

Au-delà de la représentation, des rencontres, débats et conférences étaient organisées dans les entreprises, dans les écoles, dans les lycées. Ainsi René Lesage qui travailla longtemps à la Comédie de Saint Étienne, se rendait dans les collectivités, maisons de jeunes, écoles avec des récitals poétiques, des lectures ou simplement des conversations sur le théâtre.

Cette action pédagogique visait à faire en sorte qu’aller au théâtre ne soit plus un obstacle, et que le spectacle ne soit plus un fait isolé mais l'aboutissement d'un processus.

Ce travail de relation au public devait se poursuivre pendant la représentation, et c'est sans doute là que tout s'est joué, comme au temps des Copiaus. Le choix du répertoire et surtout l'esprit de la représentation ont été déterminants dans la conquête de ce public populaire, pour faire en sorte comme le dit Peter Brook qu’entre les acteurs et le public n’existe qu’une différence de situation et non pas une différence fondamentale.


Photo : Le car de la Comédie de Saint-Étienne dirigée par Jean Dasté

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