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La surproduction dans les activités artistiques et culturelles : la faute au financement public ?

  • vincentgatel
  • 28 juin 2019
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 nov. 2019


Il est fréquemment avancé que le financement public de la création et son saupoudrage favoriseraient la surproduction dans les activités artistiques et culturelles.

Mais il se trouve que le phénomène touche à la fois les activités subventionnées et celles qui sont peu, voire pas subventionnées, comme le montre un certain nombre d’articles récents parus dans Le Monde.


Concernant le spectacle vivant, « Nous sommes incapables de dire combien il y a de créations de spectacles par an en France »[1], mais toute la profession constate empiriquement le déséquilibre croissant, pour certains abyssal, entre la création et la diffusion des œuvres.


Dans le domaine du cinéma, « le nombre de films sortis en salles a doublé en quinze ans, alors que le parc d’écrans n’a pas suivi. Ce sont les films français qui ont progressé le plus, (…) mais ils sont de moins en moins vus – en 2006, il y avait 200 œuvres pour 83 millions d’entrées ; depuis 2015, 300 pour 75 millions d’entrées. Le coût moyen d’un film français est aussi en recul (6,42 millions d’euros en 2008, contre 4,90 millions en 2017), car les chaînes de télévision les financent moins. D’où l’augmentation de ceux réalisés avec des bouts de ficelle »[2].


Dans le secteur du livre, « la production pléthorique enfle en effet chaque année. Elle a atteint 106 799 titres en 2018, selon le Syndicat national de l’édition (SNE). Autant dire que chaque jour charrie son lot de 292 nouveautés ou de rééditions… »[3].


Dans la bande dessinée, « le nombre d’albums produits a enflé (5 090 en 2017, selon le ministère de la culture) si bien que, hormis pour les stars, les ventes ont du mal à suivre. Même le dessinateur et scénographe belge François Schuiten a annoncé son intention d’arrêter la BD, en refusant de produire pour un système qui s’est emballé »[4].


Si les modalités du financement public de la création peuvent contribuer au déséquilibre entre la création et la diffusion des œuvres dans le cinéma et le spectacle vivant, l’explication ne vaut dans les secteurs du livre et de la bande dessinée.

Existerait-t-il donc des propriétés fondamentales qui sous-tendent ce déséquilibre ?

Dans son ouvrage paru en 2000 [5], l’économiste américain Richard Graves, les a décrites de la manière suivante.

Chaque propriété reçoit une phrase-clé qui l'identifie.

« Personne ne sait » se réfère à l'incertitude fondamentale à laquelle est confronté le producteur d'une œuvre.

Les producteurs prennent en amont de nombreuses décisions qui influent sur la qualité et l'attrait prévus de la création, mais leur capacité de prédire la perception de la qualité par leur auditoire est minime. Les producteurs savent beaucoup de choses sur ce qui a réussi dans le passé, mais cela a une valeur prédictive minimale.

Ce « personne ne sait » importerait peu si tout ce qui a été investi dans un processus créatif raté pouvait être récupéré et réutilisé. Mais ses coûts sont irrécupérables pour la plupart.

Cependant cela n’empêchera jamais de créer car « personne ne sait ».


Une autre propriété fondamentale réside dans l'attitude des artistes envers leur travail.

« L'art pour l'art » invoque l'utilité que l'artiste tire du travail créatif.

Ainsi les artistes peuvent accepter un salaire pour un travail créatif qu’ils n’accepteraient pas pour des emplois ordinaires, ce qui signifie qu’un budget dérisoire voir l’absence de budget n’empêchera pas des artistes de créer.


Les deux propriétés combinées apportent un éclairage et une clé pour comprendre la situation de surproduction dans lesquelles se trouvent fondamentalement les activités artistiques et culturelles, qu’elles bénéficient ou non d’un financement public.


[1] Aveu de Régine Hatchondo, alors directrice générale de la création artistique au ministère de la culture, lors d’un débat, le 17 janvier 2018, aux Biennales internationales du spectacle de Nantes, consacré à la diffusion des œuvres théâtrales, Le Monde du 5 février 2018

[2] Michel Guerrin, Le Monde du 14 mai 2019

[3] Le Monde du 15 juin 2019

[4] Le Monde du 15 juin 2019

[5] Creative Industries : Contracts between Art and Commerce. Cambridge, Mass : Harvard University Press.


Iconographie : Green Coca-Cola Bottles, Andy Warhol, 1962

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 ( Ekout@ ), Poitiers

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