La Décentralisation Dramatique - Épisode 5 - Une histoire de couple
- vincentgatel
- 17 avr.
- 3 min de lecture
Épisode 5 : 1979-1989 : Consommation du divorce et réactions de la tutelle
1979 : " La décentralisation est une chose dépassé » dixit Jean Philippe Lecat - Début de l'asphyxie financière.
1989 : La crise financière du théâtre public
Cette période qui achève le divorce entre la ligne création et la ligne démocratisation, peut être examinée sous l'angle de ses conséquences.
A l'arrivée de la gauche au pouvoir, après le début d'asphyxie financière des centres dramatiques nationaux à la fin du septennat de Giscard d’Estaing, les priorités de la profession consistent en une exigence de sortir de "la pauvreté" et de pouvoir développer leur art sans autre programme et sans trop se charger d'obligations.
Jack Lang va leur donner satisfaction sur les deux points : il va affirmer la priorité aux artistes et doubler leur budget.
L'échec de la démocratisation que constate l'Enquête sur les Pratiques Culturelles des Français entre 1973 et 1989 et la chute de la fréquentation du public obligeront les responsables, sous la pression de la tutelle et avec son aide, à porter une attention plus importante aux publics que l'on va considérer alors comme de véritables clients. Ces efforts vont porter ses fruits, mais le doublement du budget en 82 n'a pas empêché que les coûts de production s'envolent, rien n'étant assez cher à l'expression scénique triomphante. Cette spirale des coûts aboutira à la crise financière que traversera le théâtre subventionné en 1989.
Cette situation va constituer un véritable point de rupture pour l’Etat.
La réaction l'État va avoir valeur d'injonction pour les organisations. Elles comprirent que quelque chose s'était passé dans leur environnement, que les ressources provenant de leurs financeurs devront faire l'objet d'une gestion rigoureuse, qu'elles ne pourront plus progresser indéfiniment (ou du moins si elles progressent, ce ne sera pas pour couvrir les déficits), mais surtout qu'elles devront se recentrer sur leur métier et leur mission originelle. Ainsi l'État se trouve être à l'origine d'une première tentative de retrouvailles du couple fondateur.
Mais ces retrouvailles vont rester timides au niveau des institutions du spectacle vivant dans leur ensemble. Quelques institutions ont choisi ce chemin, à l’exemple de de la Comédie Saint Etienne ou de la Comédie de Valence mais elles restent peu nombreuses.
Épilogue : Quelles perspectives ?
Renouer avec l’idéal des pionniers de la Décentralisation Dramatique dans le contexte du début du 21éme siècle porte à concentrer ses énergies sur les questions fondamentales du service public, par le juste aller-retour entre la recherche dans la création et la diffusion et la naissance de relations vivantes, nouvelles, particulièrement avec ceux qui sont tout à fait exclus du rapport au théâtre, aux mots, à la culture.
Constatant qu’« un très grand nombre – voire la majorité – reste à l’écart de nos manifestations artistiques (…)» et que « beaucoup de programmations culturelles ne sont pas suffisamment pensées en rapport avec la diversité culturelle et sociale de nos populations. »[1], Bernard Foccroulle soutient que : « l’exercice des droits culturels devrait permettre aux personnes d’exprimer leur identité, leur vision du monde, leur humanité (…). Il faut « intégrer cette exigence des droits culturels à l’intérieur même des institutions et des politiques qu’elles conduisent, comme une référence essentielle de leurs missions. »[2]
Les politiques culturelles, poursuit-il, « devraient soutenir massivement la mobilisation des droits culturels sur tous les terrains, y compris dans les hôpitaux, les entreprises, les écoles et les universités, les lieux d’accueil des personnes âgées, les prisons, les quartiers. ».[3]
Simon Gauchet, jeune directeur du Théâtre-Paysage, de son côté, appelle, dans le même esprit à relocaliser les théâtres : « travaillons à l’invention de « théâtres situés », qui prennent soin de l’environnement qui les entoure, qui créent pour lui et par lui, qui accompagnent aussi encore plus les compagnies locales » en faisant cohabiter « exigence artistique et exigence démocratique »[4].
[1] « Après la crise, qu’attendons-nous de l’art et de la culture ? » Tribune publiée le 12/05/2020 dans « Le Soir » (Belgique). Bernard Foccroulle est musicien et membre fondateur de « Culture et Démocratie »
[2] Idem
[3] « Après la crise, qu’attendons-nous de l’art et de la culture ? » Tribune publiée le 12/05/2020 dans « Le Soir » (Belgique). Bernard Foccroulle est musicien et membre fondateur de « Culture et Démocratie »
[4] « Relocaliser les théâtres, dépayser notre art » Tribune publiée le 8/05/2020 sur le blog de Jean-Pierre Thibaudat hébergé par Médiapart. Le Théâtre-Paysage est situé à Bécherel, petite commune entre Rennes et Saint-Malo. Simon Gauchet est par ailleurs metteur en scène et artiste associé au Centre Dramatique National de Lorient.
Photo : Patrice Chéreau en répétition au Théâtre des Amandiers à Nanterre



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