Le soutien public aux arts et à la culture / Épisode 4
- vincentgatel
- 11 déc. 2019
- 2 min de lecture
L'approche des économistes du 18ème siècle à nos jours
Les politiques publiques de la culture amorcent, accompagnent, établissent et soutiennent des entreprises artistiques et culturelles. Qu’est ce qui justifie alors l'existence des financements publics des arts et de la culture en général, et des arts du spectacle vivant en particulier ?
En parcourant l’histoire de la pensée économique du 18éme siècle à nos jours, les auteurs se partagent entre la nécessité du soutien public et la méfiance envers celui-ci.
Épisode 4 : L’ombre de Bentham
En 1983, Xavier Dupuis, économiste français, prend le contrepied de Baumol et Bowen et considèrent les entreprises du spectacle vivant comme des structures bureaucratiques
Son travail repose sur un courant théorique (1971) dont l’objet central est d’analyser les perversions qu’engendre le financement public dans le mode de gestion des organisations non marchandes.
Les entreprises du secteur non marchand sont considérées comme un groupe de pression faisant des subventions une machine à capter des rentes.
La rente est la différence entre ce que ce groupe perçoit grâce au financement public et ce qu’il aurait perçu dans une économie de marché.
Le retour à un système plus orienté vers le marché constitue le principal moyen avancé pour lutter contre ces biais bureaucratiques. On retrouve ici la méfiance vis-à-vis de l’aide publique exprimée déjà par Jeremy Bentham au début du 19ème siècle.
En étudiant le spectacle vivant dans le cadre français, l’argument essentiel de Xavier Dupuis, consiste à montrer que les subventions servent les intérêts de groupes spécifiques et non l’intérêt général.
Il affirme que Baumol et Bowen prennent le problème à l’envers. Ce n’est pas l’absence de gain de productivité dans le spectacle vivant qui conduit à l’intervention des pouvoirs publics, c’est l’intervention des pouvoirs publics qui a empêché le secteur de trouver sa propre solvabilité.
Ainsi, il existe des secteurs où les gains de productivité sont inexistants, mais ils n’ont pas disparu pour autant en trouvant leur marché (ex : haute couture, joaillerie…).
Par ailleurs, l’aide des pouvoirs publics se veut l’expression d’une politique culturelle, c’est à dire qu’elle n’est pas sans contrepartie.
Xavier Dupuis réduit les objectifs des pouvoirs publics à deux objectifs : un objectif de prestige, qui implique que l’entreprise culturelle vise une qualité maximale des productions (ex. : l’Opéra de Paris), et un objectif de démocratisation reposant sur la quantité de représentations pour toucher un public le plus large possible (ex. : les Centres Dramatiques Nationaux).
En contrepartie de la subvention, l’État demande un seuil minimal de qualité dans un cas et de public, dans l’autre cas.
Mais les relâchements du contrôle, en amont par les pouvoirs publics par défaut d’évaluation, et en aval par les spectateurs qui ne paient qu’une partie du prix, va permettre à l’entreprise de poursuivre ses propres objectifs, en choisissant de privilégier, en fonction de ses goûts propres, une stratégie de surqualité ou de surproduction, toutes deux faisant croître d’année en année le montant des subventions accordées par les pouvoirs publics.
Source :
Économie des politiques culturelles, Joëlle Farchy, Dominique Sagot-Duvauroux,
Paris : PUF, 1994
Iconographie :
Jean-Michel Basquiat, Dusthead (1982)
Á suivre...
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