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Le soutien public aux arts et à la culture / Épisode 6

  • vincentgatel
  • 18 mars 2020
  • 3 min de lecture

L'approche des économistes du 18ème siècle à nos jours

Les politiques publiques de la culture amorcent, accompagnent, établissent et soutiennent des entreprises artistiques et culturelles. Qu’est ce qui justifie alors l'existence des financements publics des arts et de la culture en général, et des arts du spectacle vivant en particulier ? En parcourant l’histoire de la pensée économique du 18éme siècle à nos jours, les auteurs se partagent entre la nécessité du soutien public et la méfiance envers celui-ci.


Épisode 6 : Une économie d’externalités


En 2016, Dominique Sagot-Duvauroux revient sur les fondamentaux de l’économie du spectacle vivant, qui, dit-il, ont peu changé depuis le travail de Baumol et Bowen.


Mais il relativise l’absence de gains de productivité dans ce secteur.

Il existe malgré tout des réserves de productivité dans les activités culturelles, notamment à travers la mutualisation de certaines fonctions ou services, même si celles-ci sont limitées.

Surtout, l’existence d’activités artistiques et culturelles, contribuent à l’efficacité globale de l’économie et donc à la productivité du secteur « moderne ».

Il existe donc bien un enjeu économique du développement culturel et du développement de la connaissance, comme le développait déjà Turgot au 18èmesiècle ou le Bloomsbury Group au début du 20ème.


Un rapport de 2013, corédigé par l’Inspection générale des Finances et l’Inspection générale des Affaires culturelles, insiste d’ailleurs sur la « rentabilité indirecte » du spectacle vivant.

Ce rapport estime la valeur ajoutée générée par les industries culturelles et créatives à 57,8 milliards d’euros auxquels il faut ajouter 46,7 milliards d’euros d’effets induits, soit un total de 104,5 milliards d’euros, qui correspond, selon les auteurs, à l’apport de la culture à l’économie, ou à la richesse de la nation, selon les termes d’Adam Smith.

Au sein de cet ensemble, le spectacle vivant représente une valeur ajoutée directe de 8,8 milliards d’euros, à laquelle il faut ajouter 7,9 milliards d’eurosd’effets induits.

C’est donc presque la moitié de la valeur produite par le spectacle vivant qui s’évapore hors de la filière et va soutenir d’autres activités comme l’hébergement ou la restauration.


Et encore, ajoute Sagot-Duvauroux, les apports de la culture et des spectacles au développement d’un territoire sont loin de pouvoir être mesurés en termes exclusivement monétaires : l’attractivité d’une ville et son identité doivent beaucoup à l’existence d’une activité culturelle dense.

Ces apports, que les économistes appellent des externalités, constituent une des principales raisons de l’intervention publique dans une économie de marché. Comment en effet survivre, lorsque la moitié de la valeur produite échappe à la source de création de cette valeur, pour irriguer d’autres secteurs ?

Les externalités, qui ont longtemps été des exceptions même si Adam Smith les pointait déjà pour les arts et la culture, sont aujourd’hui omniprésentes dans les économies, elles sont devenues la règle.

Mais le marché ne sait pas faire fonctionner correctement une économie d’externalités car celles-ci suppriment la correspondance entre l’offre et la demande, entre les bénéficiaires et les payeurs, entre les coûts et les recettes.

Seule l’intervention publique peut rétablir en partie cette correspondance. Il s’agit d’imaginer une sorte d’alambic, nous dit Sagot Duvauroux, qui permette de récupérer une partie de cette valeur évaporée pour la réinjecter là où elle a été produite.


A la question initiale : Qu’est ce qui justifie l’existence des financements publics et/ou privés des arts et de la culture en général et des arts vivants du spectacle en particulier ? la réponse finalement n’est pas économique mais politique.


Les activités artistiques et culturelles ont pu se développer grâce au soutien déterminant des politiques publiques de la culture, tant au niveau national qu’au niveau territorial.

Mais l’existence et le développement du secteur porte en lui-même sa fragilité. Car ils reposent sur des choix politiques.


Or nous assistons à une raréfaction du financement public de la culture en général et du spectacle vivant en particulier. L’État a stabilisé son budget d’intervention, mais la réduction de sa dotation générale de décentralisation aux collectivités territoriales, conjuguée aux changements de majorité dans les communes (2014), départements et régions (2015) où la culture n’était plus une priorité, a entrainé la disparition pure et simple de structures du spectacle vivant, et fragilisé le reste, notamment les plus petites d’entre elles.


Les collectivités publiques se sont retrouvées et se retrouvent face au dilemme mis en évidence par les économistes Baumol et Bowen en 1966 à propos du spectacle vivant : soit elles optent pour la baisse voire la disparition, soit la puissance publique continue d’intervenir au risque d’entraver le financement d’autres politiques, dont les politiques sociales et économiques ou de réduction des déficits.


L’épidémie de Coronavirus en cours va être un révélateur puissant de ce dilemme. Il fait toute la modernité et l’actualité du travail fondateur de Baumol et Bowen.



Sources :

- Dominique Sagot-Duvauroux (2015), Economie du théâtre, quoi de neuf ? Rien sauf... Théâtre- Public, N° 215, Place du théâtre, forme de la ville, janvier-mars, 29-33.

- L’apport de la culture à l’économie en France, Inspection générale des finances, Inspection général des affaires culturelles, décembre 2013.


Iconographie :

- Mark Grotjahn, « Untitled (Face for Greece 843), » 2009.

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 ( Ekout@ ), Poitiers

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