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Le soutien public aux arts et à la culture / Épisode 5

  • vincentgatel
  • 6 janv. 2020
  • 3 min de lecture

L'approche des économistes du 18ème siècle à nos jours

Les politiques publiques de la culture amorcent, accompagnent, établissent et soutiennent des entreprises artistiques et culturelles. Qu’est ce qui justifie alors l'existence des financements publics des arts et de la culture en général, et des arts du spectacle vivant en particulier ? En parcourant l’histoire de la pensée économique du 18éme siècle à nos jours, les auteurs se partagent entre la nécessité du soutien public et la méfiance envers celui-ci.


Épisode 5 : Personne ne sait


Les critiques apportées à l’analyse de la bureaucratie vont susciter de nombreux travaux dont ceux de l’économiste français Dominique Sagot-Duvauroux.

En 1985, il développe un modèle fondé sur le rééquilibrage des pouvoirs entre le subventionneur et l’organisme subventionné.

Dans ce modèle, on passe d’une situation de monopsone (un seul acheteur face à de nombreux offreurs) à une situation de monopole.

Ainsi les pouvoirs publics utilisent le pouvoir qu’ils détiennent sur les organismes culturels peu reconnus pour financer les surenchères des institutions prestigieuses. Dans ce modèle, les coûts s’adaptent aux moyens.

Le modèle part de la constatation que le financement public ne se limite plus à la couverture d’un déficit entre dépense et recette, mais que la subvention devient le prix d’un service rendu à la collectivité.

Dans le cas du théâtre, le marché évolue d’un monopsone où la puissance publique peut décider souverainement des critères et des montants des subventions face à un ensemble non individualisé de compagnies, à un monopole où les compagnies devenues célèbres mettent en jeu leur notoriété pour obtenir une meilleure rémunération de leur service.


Subventions de l’État au Théâtre (Source : Projet de Loi de Finances 2020)

Xavier Greffe, économiste français, analyse en 2010, avec une certaine perspicacité, l’importance du mécanisme de la notoriété dans les arts et la culture, et permet de mieux appréhender le modèle de Dominique Sagot-Duvauroux.

Il part du travail d’un économiste américain, Richard Caves, qui décrit dans un ouvrage datant de 2000, les propriétés fondamentales qui sous-tendent l’organisation des activités artistiques et culturelles et qui les distinguent des autres activités économiques.

Chaque propriété reçoit une phrase clé qui l'identifie.

L’une d’entre elles est « Personne ne sait ».

« Personne ne sait » se réfère à l'incertitude fondamentale à laquelle est confronté le producteur d'un bien créatif.

Les producteurs prennent en amont de nombreuses décisions qui influent sur la qualité et l'attrait prévus du produit, mais leur capacité de prédire la perception de la qualité par leur auditoire est minime. Les producteurs savent beaucoup de choses sur ce qui a réussi dans le passé, mais cela a une valeur prédictive minimale.

Ce « personne ne sait » importerait peu si tout ce qui a été investi dans un processus créatif raté pouvait être récupéré et réutilisé. Mais ses coûts sont irrécupérables pour la plupart.

Les producteurs d'œuvres culturelles s'organisent donc de manière aussi rationnelle que possible face à des situations totalement imprévisibles.


Le succès dépend alors d'une cascade informationnelle. Les gens se parlent et échangent des impressions à partir de la réaction d'une audience initiale (critiques et habitués) mais sans que l'on sache si le bouche à oreille fonctionnera ou pas.

Aujourd'hui est artiste celui qui se déclare tel, dit Xavier Greffe. Mais un processus de sélection va inévitablement se mettre en place pour distinguer alors ceux qui vont le rester de ceux qui ne le seront jamais ou tenteront de subsister à la marge.

Les artistes sont nombreux à vouloir pénétrer et s’installer de manière durable dans le monde de l’art et de la culture, mais un petit nombre seulement finira par s'y retrouver, sous l'effet d'un jugement prononcé de l'intérieur du système par ceux qui l'organisent.

Les formes de ce jugement sont variables : l'obtention d'une récompense, l'invitation à une exposition dans un musée ou à un festival, un article ou un commentaire dans une revue spécialisée.

Il s'agit cette fois-ci d'une incertitude très réduite : on connaît les règles à suivre, lesquelles sont bien plus déterminantes qu'une différence de talent ou de travail.

En revanche un aléa subsiste : celui de convenir et d'être sélectionné par ceux qui ont acquis une position de décideur dans un tel monde, le public entérinant la plupart du temps leurs choix.


Sources :

- Économie des politiques culturelles, Joëlle Farchy, Dominique Sagot-Duvauroux, PUF, 1994,

- L'économie de la culture est-elle particulière ? Xavier Greffe, Revue d'économie politique 2010/1 (Vol. 120),

- Contracts Between Art and Commerce, Richard E. Caves, Journal of Economic Perspectives—Volume 17, Number 2—Spring 2003


Iconographie :

- Jeu de malin (détail), Gérard Garouste, 2010.

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 ( Ekout@ ), Poitiers

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